Mère, non-mère et Albert
Dans cette newsletter #17
Les saisons du corps
Infertilité : de la souffrance individuelle au constat systémique
Voir sa vie autrement (2/5)
Chères toutes et chers tous, bonjour !
(Cette newsletter étant écrite en vacances, sans mon correcteur orthographique, il se peut que quelques coquilles s’y soient glissées, navré !)
Aujourd’hui, c’est la fête des mères, alors ayons une pensée pour elles, dans la diversité des situations, heureuses comme douloureuses.
Et une pensée pour les femmes souhaitant l’être et rencontrant des difficultés, voire une impossibilité, à l’être. Puisse l’article du jour sur l’infertilité nous rendre sensibles à la diversité des situations, et nous rappeler qu’autour de nous plusieurs personnes peuvent vivre, dans leur intimité, des épreuves que nous ignorons.
Bonne lecture à vous !
Les saisons du corps
🌕La pleine lune est ce matin vers 10h45. Je vous renvoie vers la page qui recense les conseils, si vous avez envie de marquer le coup !
Et comme évoqué la semaine dernière, la lune sera à son apogée, soit le plus le plus loin de son orbite, le 1er juin. Vous devriez la voir plus petite dans le ciel !
☀️ Les grandes chaleurs commencent déjà à arriver. Personnellement, j’ai déjà testé les vêtements qu’on plonge dans l’eau, qu’on essore et qu’on porte, et qui procurent une sensation de fraicheur immédiate, et pour une bonne heure en général . C’est bluffant au niveau du confort.
Voici une marque que j’ai déjà achetée (je ne gagne rien dessus si vous l’achetez, je préfère préciser ) : https://inuteq.com/fr/produits/
Et puisque le corps a ses saisons, on sait bien que dans les projets de faire un enfant, la simple volonté ne suffit pas à le faire obéir, ce corps… J’aborde maintenant dans le prochain bloc la douloureuse question de l’infertilité.
Infertilité : de la souffrance individuel au constat systémique
J’ai lu un article dans Philosophie Magazine d’avril 2025 sur l’infertilité, au sens de difficulté à faire un enfant, et que je voulais vous partager, car il m’arrive d’accompagner en cabinet des gens autour de cette difficulté. Et cette journée de la fête des mères s’y prête d’autant plus.
Ce qui est ressorti de l’article, c’est que la souffrance ne vient pas seulement de l’absence d’enfant, mais de tout ce qui se construit autour : la répétition des échecs, le regard posé sur le corps, et la manière dont il est peu à peu vécu comme défaillant. En prendre conscience, quand on est concerné‧e, permet d’alléger, un peu, la souffrance.
Le texte s’ouvre sur des témoignages concrets. On y découvre des parcours médicaux lourds, des tentatives répétées, et surtout une grande difficulté à en parler. L’infertilité y est décrite comme quelque chose d’intime, presque caché, qui isole. Les proches ne posent pas de questions, et les personnes concernées n’osent pas non plus briser le silence. Le sujet reste enfermé.
Un point central de l’article est que, pour beaucoup de femmes concernées, l’expérience de l’infertilité agit comme un avant-goût de la grossesse, mais sous une forme inversée, celle d’une dépossession. Le corps devient médicalisé, surveillé, fragmenté. Il n’est plus vécu de l’intérieur, mais comme un objet du monde parmi d’autres à corriger. La souffrance ne tient donc pas uniquement à l’absence d’enfant, mais aussi à cette relation altérée au corps.
L’article insiste ensuite sur une inégalité persistante : la charge de la fertilité repose encore majoritairement sur les femmes. Ce sont elles qui subissent très largement les traitements, les examens, les contraintes. Ce poids est renforcé par des représentations anciennes selon lesquelles la femme a longtemps été définie par sa capacité à procréer. Dans ce cadre, l’infertilité peut être vécue comme une atteinte à l’identité.
La violence de la répétition est illustrée par une image forte : à force d’échecs, chaque retour de règles peut être vécu comme un échec, et le corps comme un cimetière. Cela traduit bien l’impact intérieur des tentatives infructueuses.
Le texte élargit ensuite le regard du côté des hommes. Il montre que l’infertilité masculine reste difficile à penser, souvent minimisée ou évitée. Pourtant, elle est bien réelle et peut porter une atteinte forte à l’image de soi. Un témoignage rapporte qu’un homme imaginait ses spermatozoïdes comme des “cassos”, incapables de faire leur travail. Cela révèle une forme de honte intériorisée, mais aussi un manque de langage pour en parler.
Sur le plan politique, les réponses publiques restent limitées. Il y a un manque d’information, de prévention et de prise en charge globale. On parle beaucoup de contraception, très peu de fertilité. De plus, les conditions de vie (travail, stress, organisation sociale) ne facilitent pas les projets d’enfant.
Enfin, le texte ouvre sur une réflexion plus large : l’infertilité n’est pas seulement un problème individuel, elle est aussi liée à des facteurs environnementaux. Les dégâts causés par l’homme à la nature finissent par affecter sa propre capacité à se reproduire. L’exposition aux perturbateurs endocriniens, la pollution et les transformations du mode de vie jouent un rôle.
L’infertilité devient alors le symptôme d’un déséquilibre plus global. Elle ne concerne pas seulement les corps individuels, mais notre manière d’habiter le monde.
Ce dossier met donc en lumière trois aspects de l’infertilité. D’abord, elle reste un tabou malgré son ampleur. Ensuite, elle touche à l’identité, au corps et au rapport à soi de manière très directe. Enfin, elle oblige à penser ensemble le social, le médical et l’environnemental, plutôt que de la réduire à un simple problème technique.
Prendre conscience de cette dimension systémique, c’est déjà alléger un peu le sentiment d’être incapable, ce qui n’enlève pas la possibilité, si ce n’est la nécessité, de se faire accompagner dans ce parcours.
Et puisqu’on parle de changer de regard, poursuivons notre série pour apprendre à voir sa vie autrement !
Voir sa vie autrement (2/5)
Nous poursuivons donc la lecture de Voir sa vie autrement, et passons surtout à la pratique.
(Pour les nouveaux et les nouvelles, le lien vers les anciennes newsletters est tout en bas)

Je vous conseille de prendre au moins un quart d'heure pour faire cet exercice.
Choisissez donc une relation que vous avez avec quelqu'un. Il peut s'agir d'une relation familiale, d'une relation de travail, d'une relation amicale, qu'elle soit passée ou présente.
Attention, la manière de faire est tellement inhabituelle qu'on peut, au début ou les premières fois, avoir l'impression que ça ne marche pas. Pourtant, en persévérant, on découvre la profondeur de l'outil.
La technique consiste à se demander plutôt comment une des catégories de l'expérience éclaire une autre. Il y a trois techniques pour ce faire. Nous faisons aujourd'hui la première.
Vous pouvez réfléchir à la relation en réfléchissant aux activités de votre vie, c’est à dire ce que nous faisons concrètement (faire du sport, aller au cinéma, trier, lire, faire du café…), en se demandant en quoi elles influent la relation : quelles sont les activités importantes de votre vie, et nourrissent-elles cette relation ? L’affaiblissent-elles au contraire ? Sont-elles totalement parallèles ? Ont-elles présidé à la naissance de la relation ? Quelle activité fait surgir un problème dans la relation ?
L’idée est qu’une relation n’est jamais abstraite, et se modèle à travers des activités concrètes.
Exemple : Par exemple, Albert choisit d’explorer sa relation avec sa sœur.
Au début, il pense que leur problème vient simplement du fait qu’ils “ne se comprennent plus”. C’est assez abstrait. Il a surtout une sensation diffuse de distance et d’agacement.
Il commence alors à regarder les activités concrètes liées à cette relation.
Il remarque plusieurs choses :
ils ne se voient presque plus en dehors des repas de famille ;
quand ils se parlent, c’est surtout pour gérer des problèmes pratiques autour de leur mère ;
avant, ils faisaient souvent des randonnées ensemble ;
il évite maintenant de l’appeler spontanément ;
quand elle propose quelque chose, il répond souvent qu’il est occupé.
Au fur et à mesure de cette étape, il fait évoluer son diagnostic : la relation est devenue mauvaise par le constat que sa relation avec sa soeur consiste en un ensemble d’activités qui se sont modifiées.
Il remarque aussi qu’un type d’activité fait immédiatement monter la tension : organiser quelque chose en famille. Dès qu’il faut décider, il se sent irrité.
Etape 2
Une fois que vous avez identifié les activités reliées à cette relation, qu’elles soient effectives ou au contraire absentes, interrogez-vous sur vos motivations, c’est à dire les raisons de les faire ou de ne pas faire quelque chose.
Exemple
Ensuite, Albert regarde pourquoi il fait, ou ne fait plus, ces activités. Pourquoi ne l’appelle-t-il plus ? Spontanément, il se disait : “Parce qu’on n’a plus grand-chose à se dire.”
Mais en continuant, il découvre autre chose :
il a peur qu’elle lui demande encore de l’aide ;
il se sent toujours ramené au rôle du “grand frère solide” ;
il a l’impression qu’il n’a jamais le droit d’être fragile avec elle ;
éviter les appels lui permet de préserver son énergie.
Puis il comprend aussi pourquoi les randonnées ont disparu : ce n’était pas juste “le manque de temps”. Ces moments créaient de l’intimité, et cette intimité est devenue inconfortable après certains conflits familiaux.
Etape 3
Avez-vous mis en lumière certaines choses ?
Exemple
Pour Albert, le problème n’est plus seulement : “on s’éloigne”.
Il découvre quelque chose de plus précis :
certaines activités nourrissaient naturellement la relation ;
d’autres la réduisent à de la gestion ;
il évite certaines situations non par indifférence, mais par protection ;
il continue inconsciemment à jouer un rôle ancien dans cette relation.
Etape 4
Y a-t-il quelque chose à changer dans le fonctionnement actuel parmi les éléments analysés ?
Exemple :
À ce stade, il ne décide pas forcément de “réparer la relation”.
Mais il peut expérimenter une modification simple et ciblée.
Par exemple :
- proposer une activité sans enjeu familial ;
-arrêter de répondre immédiatement aux demandes pratiques ;
- accepter de parler un peu plus honnêtement de sa fatigue ;
- ou au contraire reconnaître que certaines formes de proximité ne lui conviennent plus.
Le changement devient alors moins moral (“je devrais être un meilleur frère”) et plus structurel : modifier certaines activités et comprendre les motivations qui les soutiennent.
Voici donc pour la première technique qui nous permet d'investiguer nos relations. C'est un gros morceau et si vous avez joué le jeu, n'hésitez pas à me faire vos retours.
Je vous laisse de manière plus léger, avec une photo de Split en Croatie où je me repose quelques jours. À très bientôt !

Fabrice Nowak, somatothérapeute à Montpellier
(ce que j’accompagne le plus ces derniers temps : les épreuves de vie non digérées, les deuils anciens comme récents et l’anxiété généralisée)
Mon site : fabricenowak.fr
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