Libre : un peu, beaucoup, pas du tout...#35

Dans cette newsletter #35

  • Les saisons du corps

  • Aide à mourir : qui peut en bénéficier et comment ?

  • J’ai lu : « Sommes-nous vraiment maîtres de nos vies ? »

  • Façonné-façonneur


Chères toutes, Chers tous,

En ces temps de flambée sociale, j’espère que cette newsletter est un petit havre d’apaisement et de recueillement.

Cette semaine, j’ai mis au cœur de cette édition des enjeux existentiels, à travers les questions liées à la mort et à la liberté. Mais promis, ce n’est pas plombant !

Et j’ai une petite annonce en toute fin sur la dépression saisonnière pour les Montpelliérains‧nes.

Bonne lecture !

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Les saisons du corps

🌑Le 7 octobre, nous aurons la nouvelle lune. 2 ou 3 jours avant, il est bon d’alléger un peu l’alimentation, de s’apporter un peu de calme.

Je profite de cette nouvelle lune pour vous parler d’un auto-soin issu de la médecine traditionnelle tibétaine (MTT) : l’harmonisation du bLa (prononcé « la »), harmonisation faite par une sorte de massage sonore.

J’avais suivi une formation à distance pour l’apprendre, précisément parce qu’il était présenté comme particulièrement intéressant les jours de nouvelle lune. Finalement, j’en pratique aujourd’hui une version allégée, quotidiennement.

Le principe est assez simple : chaque jour, on effleure une zone particulière du corps en chantant le son qui lui est associé. Dans la version quotidienne que je pratique, on s’occupe également des zones de la veille et du lendemain.

Selon la MTT, le bLa est une énergie vitale protectrice que ce massage sonore vise à entretenir ou à restaurer. Elle se déplace entre trente zones du corps, au rythme du cycle lunaire. Le calendrier prévoit quelques ajustements pour que son parcours corresponde aux phases de la Lune.

Personnellement, j’accompagne ce massage sonore d’une visualisation : une fleur en pleine maturité pour la zone du jour, une fleur qui sèche pour celle de la veille et une jeune pousse pour celle du lendemain. Une façon d’acter quotidiennement l’impermanence des choses.

Femme en méditation, fleurs vivantes

Ça ne résout pas tous les problèmes métaphysiques, mais j’y trouve une certaine douceur au moment de le faire, et c’est déjà ça !

Particularité intéressante : les jours de nouvelle lune et de pleine lune, la MTT considère que le bLa est présent dans toutes les zones. Ce sont donc des moments privilégiés pour les purifier toutes.

Si vous êtes tenté‧e par cette approche de soin, le mieux est de vous rapprocher de Sorig Khang France, un organisme de formation en MTC. Ils mettent régulièrement leur agenda à jour. Vous ne pourrez pas l’apprendre pour la prochaine nouvelle lune, mais peut-être pour la suivante !


🏔️ Restons au Tibet, pour poursuivre notre cycle de mudras de Tibetan Pulsing, cette discipline, récente, qui divise le corps en 24 organes, dont chacun possède une fenêtre de 2 semaines par an pour être plus facilement rééquilibré.

Du 7 au 22 octobre, c’est la vessie. Elle est liée à la sérénité et à la maîtrise de soi face à la pression. Ses tensions expriment surtout l’impatience, la honte et le besoin de contrôle. Leur relâchement favorise la patience, l’acceptation de soi et l’ouverture à l’autre.

La mudra s’effectue ainsi :

Pendant 5 minutes, crochetez vos deux index ensemble et tirez dessus très légèrement pour avoir une petite tension. Placez-les à la hauteur du plexus solaire.

Portez votre attention sur votre vessie.

Au bout de 5 minutes, posez les mains sur les genoux ou les cuisses, et soyez attentif‧ve à vos sensations.

Puis reposez les mains sur les genoux ou les cuisses, et restez 5 minutes attentif‧ve à vos sensations.

TP 08 Vessie

Pour accéder gratuitement aux mudras de Tibetan Pulsing, pour les approfondir :

Bonne pratique !


Aide à mourir : qui peut en bénéficier et comment ?

J’avais évoqué la loi sur l’aide à mourir il y a quelques semaines, que j’avais traitée sous un angle philosophique.

Certain‧e‧s d’entre vous sont peut-être concerné‧es pour leurs proches. Un peu de clarté sur la question, même si elle n’enlève rien à l’épreuve existentielle de la perte d’un proche, peut néanmoins alléger certaines questions très pragmatiques.

Qui peut en bénéficier ?

La loi s’adresse aux personnes majeures atteintes d’une maladie grave et incurable, à un stade avancé ou terminal, dont le pronostic vital est engagé et qui éprouvent une souffrance physique ou psychologique constante, insupportable et résistante aux traitements, ou qui ont choisi d’arrêter ces traitements.

La personne doit également être française ou résider de façon stable et régulière en France. Elle doit pouvoir exprimer librement sa volonté, en comprenant les conséquences de sa décision.

5 exemples pour mieux comprendre

  • Un cancer en phase terminale : la personne peut demander l’aide à mourir si elle remplit les conditions prévues par la loi, notamment celles concernant la souffrance.

  • Une maladie de Charcot : la demande peut être faite lorsque la maladie atteint un stade avancé. Il n’est pas nécessaire d’attendre les derniers jours de vie.

  • Une tétraplégie après un accident : le handicap, à lui seul, ne donne pas accès à l’aide à mourir. Les autres conditions médicales doivent également être réunies.

  • Une dépression sévère : la dépression, à elle seule, ne permet pas de bénéficier de l’aide à mourir.

  • Une maladie d’Alzheimer : la personne doit être capable d’exprimer une volonté libre et éclairée au moment de sa demande. Ses proches ne peuvent pas décider à sa place. Les directives anticipées ne permettent pas non plus de demander cette aide pour le jour où elle aurait perdu ses facultés.

Fin de vie

Comment se déroule la procédure ?

La personne adresse sa demande à un médecin. Celui-ci vérifie les conditions prévues par la loi et recueille l’avis d’autres professionnels de santé.

Il dispose d’un délai de quinze jours pour rendre sa décision. Si la demande est acceptée, la personne doit respecter un délai de réflexion d’au moins deux jours avant de confirmer sa volonté. Elle peut changer d’avis à tout moment.

L’aide à mourir repose sur l’administration d’une substance létale. En principe, la personne se l’administre elle-même. Si elle en est physiquement incapable, un médecin ou un infirmier peut le faire à sa demande.

Cette aide peut avoir lieu dans un établissement de santé, en EHPAD ou au domicile de la personne, selon les conditions prévues.

La procédure repose sur une décision personnelle. Ni les proches ni les professionnels de santé ne peuvent prendre cette décision à la place de la personne concernée.

Dans tous les cas, la personne doit être majeure et remplir toutes les conditions prévues par la loi. Un médecin examine sa demande avec d’autres professionnels de santé. Source : décision du Conseil constitutionnel sur la loi du 18 août 2026.

Cette loi fait peur à certaines personnes, en raison des dérives et des abus qu’elles redoutent. Personnellement, j’y vois avant tout une question de dignité : comment dire à quelqu’un atteint d’une maladie incurable, qui souffre et ne souhaite plus continuer à vivre dans ces conditions, qu’il doit se battre jusqu’au bout, alors que celui qui lui intime de le faire n’aura pas à souffrir à sa place ?

Et même en admettant que la médecine puisse se tromper, cette possibilité nous donne-t-elle, de l’extérieur, la légitimité d’empêcher quelqu’un de quitter une vie dont il n’attend plus rien ?

Voilà pour ma position. Si vous avez envie de me partager certaines expériences ou certains dilemmes auxquels vous avez été confronté‧e, je serais intéressé de vous lire, y compris si votre expérience vous amène à une position contraire à la mienne.


J’ai lu : « Sommes-nous vraiment maîtres de nos vies ? »

Hasard de mes trouvailles, je vous partage une réflexion psycho-philosophique stimulante, qui n’est pas sans lien avec l’article précédent, puisqu’on va parler de liberté. Nœuds de cerveau en perspective !

En effet, la mort et la liberté font partie des grandes questions de la thérapie dite existentielle. Cette approche considère que certaines souffrances sont simplement liées à notre condition humaine. Irvin Yalom, l’un de ses représentants de référence, distingue quatre grands thèmes : la mort, la liberté, l’isolement fondamental et l’absence de sens.

Je reviens à l’article que je vous partage, issu d’un numéro de Sciences humaines. Le journaliste Fabien Trécourt y présente le débat sur le libre arbitre, relancé par le neurobiologiste Robert Sapolsky, fervent pourfendeur de cette notion.

Robert Sapolsky

Robert Sapolsky, un drôle de loustic !

Voici trois courants philosophiques qui s’intéressent à cette question, et les questions que cela m’a fait me poser sur l’utilité d’une thérapie.

Les déterministes : l’illusion du libre arbitre

Pour Sapolsky, chacun de nos comportements résulte d’une longue chaîne de causes : notre génétique, notre éducation, notre histoire, nos hormones ou encore notre environnement. On a l’impression de choisir librement, alors que des processus cérébraux non conscientisés participent déjà à la formation de nos décisions.

Le libre arbitre serait donc une illusion : on ne choisit ni nos déterminismes ni les causes de nos décisions.

Cette position a des avantages : elle peut réduire notre culpabilité et favoriser la compassion. Elle invite également à repenser notre système judiciaire en privilégiant la prévention et la réhabilitation plutôt que la punition fondée sur le mérite moral.

Mais elle peut aussi provoquer un sentiment d’impuissance et une perte de sens. Qui suis-je si je ne suis qu’une marionnette ?

Elle remet enfin en question la méritocratie : comment attribuer à chacun le mérite de sa réussite alors que personne ne dispose des mêmes conditions de départ ni des mêmes déterminismes ? La remettre en question n’étant évidemment pas un problème en soi, au contraire selon moi.

Les libertariens : quand on veut, on peut ?

Les libertariens défendent la position inverse : malgré toutes les influences, on possède une véritable capacité de choisir. On peut donc, dans certaines circonstances, agir autrement que ce que nos influences nous poussent à faire.

À titre individuel, cette position peut être motivante, puisqu’elle encourage chacun à se considérer comme acteur de sa propre vie. Un coach déterministe risque de rapidement mettre la clé sous la porte…

Mais poussée à l’extrême, elle risque de minimiser les déterminismes sociaux et de faire peser sur l’individu une responsabilité excessive, accompagnée d’un sentiment de culpabilité en cas d’échec.

Prenons l’exemple du chômage. Un individu peut toujours faire des efforts pour trouver un emploi. Mais lorsqu’il existe moins de 500 000 emplois vacants pour près de 3 millions de chômeurs, tous ne peuvent pas réussir simultanément.

On peut donc être libre de ses choix sans pour autant maîtriser leurs résultats. La responsabilité individuelle doit aussi tenir compte des possibilités réelles dont chacun dispose.

Les compatibilistes : ni oui ni oui

Les compatibilistes considèrent que la liberté peut exister malgré le déterminisme. Être libre, c’est pouvoir agir selon ses valeurs et ses raisons, même si celles-ci sont elles-mêmes déterminées.

Ils proposent deux pistes pour sortir de cette impasse philosophique.

Premièrement, la liberté et la responsabilité peuvent être graduelles. On peut développer sa capacité à réfléchir, à maîtriser ses impulsions et à agir selon ses valeurs. On sort d’un mode binaire : libre/pas-libre-du-tout, responsable/pas-responsable-du-tout. Notre responsabilité dépend alors de nos capacités réelles et des contraintes qu’on subit.

Deuxièmement, pourquoi seule une liberté absolue aurait-elle de la valeur ? Même si on ne choisit pas les causes qui nous déterminent, on peut apprendre, réfléchir et transformer nos comportements. Pourquoi ces capacités ne constitueraient-elles pas déjà une forme de liberté ? Et qui décrète que seule une liberté absolue est désirable ?

Cette position soulève toutefois une objection fondamentale : les compatibilistes résolvent-ils réellement le problème du libre arbitre ou se contentent-ils de redéfinir la liberté pour contourner ce problème ? Si je définis la liberté comme compatible avec le déterminisme, j’aboutis forcément à déclarer que liberté et déterminisme sont compatibles…

Que peut-on raisonnablement espérer de la thérapie ?

Si on prend l’hypothèse forte de l’absence totale de libre arbitre, faut-il renoncer à l’idée de changer pour le mieux (et me mettre ainsi au chômage) ?

On peut retourner le raisonnement : puisque nos comportements ont des causes, la thérapie peut devenir une nouvelle cause capable de transformer notre trajectoire.

Même si ma décision d’entreprendre une thérapie est elle-même déterminée, je peux la vivre comme un choix et m’y engager pleinement.

Et si, plutôt que de chercher à nous libérer de nos déterminismes, nous cherchions à en introduire de nouveaux, qui nous seraient plus favorables ?

Peut-être que notre liberté ne consiste pas à échapper à toute détermination, mais à devenir progressivement moins prisonniers de celles qui nous limitent.

Si vous êtes arrivé‧e jusqu’au bout de cet article, était-ce par votre volonté propre, ou avez-vous été déterminé‧e à le faire ? 😉


Façonneur-façonné

J’ai cherché une image qui pourrait illustrer un peu cette newsletter. J’ai d’abord pensé à une affiche de Chirac mangeant une poire et se demandant s’il était vraiment libre de choisir une poire plutôt qu’une pomme (cf. newsletter de dimanche dernier).

Et puis j’ai découvert cette œuvre : Drawing hands, une lithographie d’un certain Maurits Cornelis Escher (1898-1972), datant de 1948, année qui vit naître parmi les plus belles œuvres, et qui était encore exposée en début d’année au Musée de la Monnaie à Paris.

Je vous propose de vous plonger dans sa contemplation avec cette question en tête : comment peut-on être à la fois le produit de certaines causes et participer à sa propre transformation ?

Drawing Hands

Troublant, non ?


Je suis pleinement déterminé à terminer cette newsletter, et je vous souhaite de mon plein gré une bonne semaine !

Fabrice Nowak, somatothérapeute à Montpellier

(ce que j’accompagne le plus ces derniers temps : les épreuves de vie non digérées, les deuils anciens comme récents et l’anxiété généralisée)

PS Pour celles et ceux qui en souffrent, la dépression saisonnière commence très bientôt. Il existe en chromatothérapie en protocole à faire 1 à 3 fois au cours de l’hiver pour la diminuer fortement. C’est moins contraignant que 20-30 minutes de luminothérapie tous les jours. N’hésitez pas à m’écrire si vous souhaitez une séance.


Carnet d’avancement des lectures matinales
Commentaires sur la vie : p. 199/1191.
Ce que les peuples racines ont à nous dire : 75/357.
Avoir le courage de vieillir : p.61/217.
Terrains et pathologie en acupuncture t.1, p. 61/446.


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