Au-delà des étiquettes #23

Dans cette newsletter #23

  • Les saisons du corps

  • J’ai lu « Georges Devereux, Soigner entre les cultures »

  • Une recommandation : la mini-série Snö N’essuie jamais de larmes sans gants

  • Citation : Vieillissement, maladie et regard sur le corps


Chers amies et amis,

J’espère que pour celles et ceux qui commencent leurs vacances.


Aujourd’hui, les 3 articles, après les saisons du corps, invitent tous à se libérer des étiquettes : se libérer des étiquettes occidentales des maladies mentales, se libérer des étiquettes collées par l’orientation sexuelle, se libérer de l’étiquette de vieux et de vieille qui perd ses capacités ?

Bonne lecture !

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Les saisons du corps

🌑 Nouvelle lune le 14 juillet. Le plus simple est de commencer à manger légèrement dès aujourd’hui, jusqu’à mardi. Pour les conseils de la nouvelle lune, c’est ici :

🤲🏼 Et poursuivons notre cycle de mudra issu du Tibetan Pulsing, méthode qui invite à purifier et stimuler un organe toutes les 2 semaines, selon un calendrier annuel fixe.

Nous avons commencé la semaine dernière à purifier et stimuler le cœur : c’est toujours lui cette semaine. Pour ses indications, je vous renvoie à la newsletter de la semaine dernière, accessible dans les archives (voir tout en bas de ce mail).

La mudra s’effectue en joignant les mains à hauteur du cœur, comme pour une prière. Posez votre attention sur le mouvement d’élargissement du thorax lors de la respiration, imaginez qu’il masse votre cœur. Pratiquez 5 minutes, puis déposez vos mains sur vos cuisses ou vos genoux, et restez au contact de vos ressentis pendant 5 minutes encore.

TP mudra 02 coeur

Un peu d’ouverture du cœur pour s’ouvrir aux autres cultures a sans doute été nécessaire à Georges Devereux, anthropologue et psychanalyste, qui a proposé de faire un grand pas de côté dans la prise en charge de ses patients.


J’ai lu « Georges Devereux, Soigner entre les cultures »

Geogres Devereux

Connaissez-vous Georges Devereux ? C’est le fondateur de l’ethnopsychanalyse, dont la vie a inspiré le film Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des Plaines). Un article de Sciences humaines de mars 2025 raconte son histoire.

J’ai voulu la partager d’une part pour la curiosité intellectuelle, ça ne fait jamais de mal ; d’autre part, car ça permet de relativiser les modèles à travers lesquels on projette souvent nos souffrances et qu’on prend pour une vérité absolue, ce qui peut enfermer et empêcher de s’ouvrir à d’autres solutions.

Car, en un mot, Georges Devereux, psychanalyste et anthropologue, a montré quelque chose d’important : la souffrance psychique ne se comprend pas de la même manière selon les cultures.

Cela signifie que nos modèles occidentaux ne sont pas valables partout. Il existe d’autres façons de voir un symptôme, d’autres façons de soigner et parfois d’autres chemins pour aller mieux.

Devereux a eu un parcours particulier. Il a voyagé dans plusieurs pays, parlé différentes langues et vécu dans diverses cultures. Il a connu l’exil et les ruptures. Cette expérience l’a marqué et l’a poussé à se poser une question simple : peut-on vraiment comprendre quelqu’un si l’on ne comprend pas le monde dans lequel il vit ?

Sa réponse est qu’il existe des troubles propres à chaque culture. Certains problèmes n’apparaissent que dans un contexte précis ou prennent une forme différente ailleurs. Il ne s’agit pas seulement de la même maladie avec des variantes. Parfois, c’est quelque chose de différent.

L’article donne un exemple concret. Dans certaines cultures, il y a des comportements violents très précis, comme des crises soudaines après une humiliation publique. Ce genre de réaction n’existe pas vraiment en Occident. Cela montre que le corps et l’esprit ne s’expriment pas de la même façon selon l’endroit où l’on vit.

À partir de là, Devereux critique une idée répandue : croire qu’une seule méthode psychologique suffit pour tout expliquer. Il propose une autre approche, qu’il appelle le « complémentarisme ». Pour comprendre un être humain, il faut utiliser deux regards en même temps : un regard psychologique, sur l’histoire de la personne ; et un regard culturel, sur son contexte, ses règles et ses valeurs. Si l’on n’utilise qu’un seul des deux, on rate quelque chose d’important.

Il va encore plus loin avec une idée clé : le « contre-transfert culturel ». Le thérapeute n’est jamais neutre. Il projette toujours ses propres habitudes et ses propres repères. Ainsi, une attitude peut lui sembler bizarre ou malade, alors qu’elle est tout à fait normale dans la culture du patient. Le travail du thérapeute consiste donc aussi à s’observer lui-même. Il doit voir comment sa propre culture influence ce qu’il perçoit.

C’est une vigilance que je retrouve dans mon propre travail : un patient peut porter un regard sur son corps ou sa souffrance qui n’a rien à voir avec le mien, façonné par son histoire familiale ou culturelle. Mon rôle n’est pas de plaquer ma lecture, mais de laisser émerger la sienne. L’intérêt des approches psychocoporelle comme la somatothérapie est de limite aux maximum cette question des projections mentales.

Devereux parle aussi de l’inconscient. Il distingue deux niveaux : un inconscient commun à tous les humains ; et un inconscient lié à la culture. Cela signifie que certaines choses en nous sont universelles, mais que leur forme et leur sens dépendent de l’endroit où l’on a grandi.

Dans la pratique, cela change beaucoup de choses. Il ne s’agit pas seulement d’interpréter des symptômes. Il faut comprendre comment la culture donne une forme à la souffrance et comment elle propose d’y répondre. L’exemple de Jimmy P. est très parlant. Ce patient amérindien était mal compris par la psychiatrie classique, qui parlait de schizophrénie. Mais Devereux a vu autre chose. Il a pris le temps d’écouter, de comprendre sa culture, ses rêves et ses symboles. Petit à petit, le travail a pu avancer. Le lien humain comptait autant que l’analyse.

Une phrase de lui résume bien sa position : « Ce qui guérit nos patients, ce n’est pas ce que nous savons, mais ce que nous sommes. » Cela rejoint quelque chose que beaucoup de soignants disent ressentir : la technique est importante, mais la présence, la façon d’être et le lien avec l’autre jouent un rôle central.

Au fond, cet article nous ouvre l’esprit. Il rappelle que le soin ressemble davantage à une rencontre entre deux mondes qu’à un modèle unique qu’on applique partout. Et pour que cela fonctionne, il faut accepter de changer un peu son point de vue.

Pour quelqu’un qui s’intéresse aux médecines complémentaires, c’est une porte d’entrée vers une idée simple : il existe plusieurs chemins pour comprendre et accompagner la souffrance, et ces chemins dépendent aussi du cadre dans lequel l’on vit.

Et vous, sentez-vous parfois entre un hiatus entre votre culture, qu’elle soit non occiedentale, ou simplement d’un autre pays européen, et celle des thérapeutes qui vous accompagnent ?


Une recommandation : la mini-série Snö N’essuie jamais de larmes sans gants

snö

Je vous recommande une mini-série en 3 épisodes, actuellement disponible sur Prime Video, que j’ai regardée la semaine dernière et qui m’a assez remué.

Elle raconte l’arrivée du sida à Stockholm au sein d’un groupe de jeunes hommes. Les premières images montrent le corps déjà ravagé par la maladie de l’un des personnages principaux, dont on sait dès le début, donc, qu’il n’en réchappera pas. Pas de deus ex machina qui sauve celles et ceux pour qui on s’est pris d’affection…

La série met en tension la jeunesse de ces personnes, dont certains viennent tout juste d’arriver à la capitale, et les jugements moraux que la société fait peser sur eux à travers l’homosexualité, puis le sida. Les nombreux flash-back de leur enfance rappellent sans cesse que, derrière les corps malades, il y a des enfants devenus adultes, des fils, des frères, des amis.

C’est une série dure par son réalisme, mais belle, en ce qu’elle incarne que la valeur d’un être humain ne se réduit jamais ni à une maladie ni à un corps malade. Et au milieu du chaos se révèlent l’absolue préciosité des liens humains et l’absolue nécessité de la tendresse.

Si vous avez Prime Video, je vous la recommande vivement.

Et si vous vous demandez le sens du sous-titre de la série, « N’essuie jamais de larmes sans gants », il fait référence aux consignes données aux soignant‧e‧s aux débuts de l’épidémie de ne jamais toucher directement directement les malades du sida, par peur d’être contaminé‧e‧s.


Citation : Vieillissement, maladie et regard sur le corps

Livre Je savourerai la vie jusqu'à mon dernier souffle

Parfois, un petit pas de côté aide à mieux vivre ce qui ne dépend pas de nous.

« Ce serait merveilleux de vivre jusqu’à notre dernier jour en pleine santé. Mais c’est impossible. Que penser des maladies qui surviennent parce qu’on a vécu trop intensément, me direz-vous ? Il suffit de considérer ces douleurs physiques qui viennent avec l’âge comme des colocataires amicales, mais un peu pénibles et désagréables.

Quand on est malade, il faut juste faire en fonction des capacités de notre corps. Les pensées positives sont le meilleur des remèdes. Il est également important de changer notre regard sur la maladie. Il n’y a ni honneur ni honte à en retirer. C’est simplement une condition de plus en échange de laquelle je peux prolonger ma vie. »

— Pr Rhee Kun Hoo, Je savourerai la vie jusqu’à mon dernier souffle


En espérant que cette édition vous aura stimulé‧e‧s et inspiré‧e‧s.

Salutations distinguées,

Fabrice Nowak, somatothérapeute à Montpellier

(ce que j’accompagne le plus ces derniers temps : les épreuves de vie non digérées, l’anxiété généralisée, et pas mal de migraines et de troubles de la thyroïde dernièrement)


Carnet d’avancement des lectures matinales
Les cinq invitations : p. 371/402
De chair et d’âme : p. 234/247
Comment peut-on être zen ? : p. 201/210
Je savourerai la vie jusqu’à mon dernier souffle, du Pr Rhee Kun Hoo : p. 191/324
Ce que j’aimerais te dire : p. 207/241
Le deuil ne se tait pas : p. 95/254


Mon site : fabricenowak.fr
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